Bernard Kerboeuf - France
Maintenir la tradition pour le confort du musicien
Je suis un luthier local. J'ai le soucis de maintenir la tradition de la lutherie "Jenzat". Le répertoire traditionnel associé à la vielle a 200 ans.

C'est un instrument fiable, une référence dans le genre. Il est très décoré : os et nacre sur des bois traditionnels comme l'érable, l'épicéa, l'ébène et le palissandre. Je maintiens la tradition des têtes, ces personnages empruntés à la tradition ou crés, par moi pour moitié.

Ce sont toutefois des instruments très contemporains, qui allient la tradition à la technologie. Celle-ci est invisible pour le public, mais ajoute au confort du musicien : réglages faciles, fiabilité, confort de jeu, gammes de sonorité.

Ceux qui les jouent : Stéphane Durand, Jolivet, le groupe Gurvan…



Denis Siorat - France
Satisfaire la demande d'une nouvelle génération

Je fabrique des vielles électroacoustiques depuis 15 ans. Certains musiciens voulaient tenter de nouvelles aventures musicales, jouer avec des ensembles électrifiés : guitares, saxo, batterie… On n'entendait pas beaucoup leurs vielles, même en bricolant les micros. Alors, ils m'ont demandé de concevoir une vielle électroacoustique, qui permettrait de sonoriser les cordes sympathiques, le bourdon pour les graves, la trompette pour la rythmique autant que le clavier ou la chanterelle.

J'ai été aidé par l'ANVAR et le ministère de la culture et le premier prototype a été présenté à St Chartier, en 1987. Le principe a bien marché, dans un premier temps en Allemagne, en Hollande et en Angleterre, puis en France. À l'époque, je les ai conçues en noir, pour bien montrer que c'était un nouvel instrument. C'était carrément de la provocation !

Maintenant, je cherche toujours les améliorations possibles et je vais sortir un nouveau prototype. C'est intéressant de travailler avec la nouvelle génération qui n'a connue que la vielle électroacoustique et qui a des besoins bien identifiés. J'aime travailler avec les musiciens, à leurs demandes, afin de leur apporter les solutions qui leur permettent de créer.

Ceux qui les jouent : Valentin Clastrier, Gilles Chabenat, Marc Anthony…



Jacques Grandchamp - France
Artiste contemporain sculpteur de vielles
Je suis dans une logique simple. Même si je suis un grand classique, je n'ai pas de nostalgie du XIIe siècle, véritable renaissance de la vielle. J'ai toujours fait la même chose : actualiser ce qui s'est toujours fait. Pour preuve, j'utilise des décalcomanies qui ont été inventées fin XIXe siècle sur les vielles Pageot. Je reprends les éléments, les procédés, les stéréotypes culturels associés, non pas à une culture religieuse ou profane passée, mais ancrés dans notre époque.

Je suis sculpteur. J'ai des milliers de sujets, de caisses contenant des objets contemporains. Trouver le bon arrangement n'est pas facile et ce n'est jamais du hasard. Un rasoir, par sa forme, va intégrer le cordier, la femme plastique aux genoux pliants va devenir l'élément technique chevalet, le personnage romain va pouvoir ouvrir ou fermer le clavier… Tout est donnée culturelle : pour l'esthétique, le personnage MacDo' remplace Chopin. Qui peut nier que c'est une production de notre siècle ?

Après 25 ans de lutherie traditionnelle, je cherche à prolonger le geste. Mes vielles et mes violons se retrouvent dans des collections, au musée de la ville de Montluçon, chez des gens qui les aiment et qui en jouent.



Jean Sylvain Maitre - France
Pour que vive la cornemuse du Berry
Je fais des cornemuses traditionnelles berrichonnes depuis 20 ans. J'habite Ineuil, près de St Amant.

Gamin, j'ai toujours été un peu bricoleur, je me fabriquais des flûtes, en canne à pêche, en sureau. A 20 ans, j'ai acheté une cornemuse pour apprendre à jouer, c'était la période folk… J'ai alors pris conscience des ennuis inhérents à la cornemuse : anches en roseau, déréglages, humidité… Alors j'ai commencé à fabriquer des anches.

Lors d'un stage, j'ai commencé à avoir des demandes, puis j'ai eu une grosse commande de hautbois de l'école du nord. C'est ainsi que je suis devenu, pour les autres, un professionnel.

Ceux qui les jouent : des joueurs de cornemuse du Centre



Bertrand Gaillard - France
Tout miser sur la qualité
Je suis facteur d'accordéons depuis 21 ans. En juillet 1979, j'ai fait un stage d'accordéon et c'est là que tout a commencé.

Après la guerre, il n'y avait plus de fabrication d'accordéon diatonique en France. Avec mon prof, on s'est dit qu'on allait se fabriquer chacun un instrument pour nous. Ces premiers accordéons marchaient, mais avaient leurs limites : problèmes de fiabilité, les touches qui bougent avec l'humidité, les sonorités qui manquent d'étendu…

Des amis nous ont demandé des instruments. On a présenté les premiers à Saint-Chartier en 1981… mais en clandestins ! A l'époque, le festival n'était pas ouvert à l'accordéon et j'étais accueilli par un ami sur son stand de vielles. J'ai 8 commandes en un jour et demi…

Mes accordéons sont en noyer massif. La conception en est "traditionnelle". En fait, ces instruments très populaires étaient fabriqués industriellement sans aucune qualité. Ce qui m'intéresse vraiment, c'est de fournir cette qualité : solidité, précision, musicalité, nuances, puissance.

Ceux qui les jouent : Norbert Pignol, Stéphane Milleret, l'Irlandais Joé Derrain…